mardi 28 avril 2015

Fables en stock


Edition de 1946


La découverte récente d'une version inconnue des Fables de La Fontaine, illustrées par André Hellé et publiées par Berger Levrault, nous a amenés à confronter nos diverses éditions du même ouvrage. 


Nous connaissions une édition colorée au pochoir (sans date), publiée vraisemblablement en 1922, et une édition plus tardive, réalisée en zincographie (ou lithographie) datée cette fois de 1946 et réimprimée en 1949 à titre posthume.




Edition de 1922


La couverture de ce nouvel exemplaire attira notre attention d’entrée de jeu : si les troncs des arbres qui encadrent le motif central (où apparaît le loup) sont d’un violet soutenu, comme dans l'édition originale de 1922, le fond de ciel, initialement blanc, est ici couleur bleue pâle.


Après moult comparaisons et calculs minutieux de piques de hérisson, zébrures de zèbre et autres poils de girafe - que nous n'avons cependant pas peignée - il s'avère que nous étions bien en présence d'une édition intermédiaire qui fut le modèle de l'édition posthume de 1946 sur bien des plans.


Nous observons en premier lieu que les deux fables de l’édition originale sur le thème de la mort - "La Mort et le Malheureux" (p. 22-23) et "La Mort et le Bûcheron" (p. 24-25) - ont disparu et ont été remplacées (aux mêmes pages) par "Le Lion abattu par l'Homme" et "Le Corbeau voulant imiter l'Aigle". On peut imaginer que le thème macabre fut rapidement jugé inopportun dans une édition destinée à la jeunesse.


 




Notre nouvelle édition est colorée au patron comme la version initiale ; les couleurs sont de même vivacité mais les bleus, si nuancés à l’origine, sont devenus plus criards et moins heureux. Par ailleurs, les plages beiges ou vertes des prairies et des feuillages ont été modifiées à de multiples reprises et seront maintenues dans l'édition posthume de 1946.



Enfin, si cette nouvelle édition reprend les quatre titres mentionnés précédemment à la rubrique « Du même auteur » : ABC de la Guerre ; Quillembois ; La Belle Histoire que voilà  et Le Livre des Heures héroïques ; elle l’augmente de trois nouvelles références publiées chez Berger-Levrault pendant la guerre: deux boîtes de jeux de lettres et une série d’ albums à colorier, à savoir: ABC de La grande Guerre : 84 lettres mobiles avec dessins en noir ; Jeu de l'alphabet de La Guerre : 84 lettres mobiles avec dessins en couleur et Albums à colorier pour nos Enfants (trois volumes). Ces trois derniers titres laissent imaginer que notre nouvelle édition fut publiée très peu de temps après l'originale de 1922. Nous suggérons de la dater entre 1923 et 1924 et dans tous les cas, avant 1926 où les premiers albums à découper et à colorier d’André Hellé (Le port breton, La fête au village nègre, etc.) n’auraient pas manqué d’être listés par l’éditeur Berger-Levrault.



En résumé nous proposerons trois éditions successives des Fables pour compléter notre bibliographie d'André Hellé : 


- 1922, édition originale, au pochoir, incluant les deux fables sur la mort.

- 1923-24, réédition, au pochoir, deux nouvelles fables remplacent les précédentes.

- 1946, édition posthume, réalisée en zinco ou lithographie, à partir de la seconde impression. En couverture, les troncs des arbres sont de couleur marron.

- 1949, idem.



Pour être complet, nous n'oublierons pas l'édition américaine de 1940, tirée en offset : The Fables of La Fontaine, New York, Harper Brothers.



Jean-Hugues Malineau 

vendredi 3 avril 2015

Bande dessinée



Notre précédent billet vantait les qualités iconographique et analytique de l'album Primavera (éditions Faton, 2014) dont l'auteur, M. Alain-René Hardy nous gratifiait de quelques pages choisies. 

Il y démontrait la stratégie artistique de Pierre Laguionie (co-gérant du Printemps) qui décida dès 1912, d'instituer un Atelier d'Art (le premier) au sein d'un grand Magasin.

La connivence entre le patron d'industrie et l'artiste-designer André Hellé est encore confirmée par une publication de 1910 qui reprend, en noir et blanc, la frise en couleurs du catalogue de jouets qu'André Hellé décora pour les Magasins du Printemps en 1909.

Couverture du catalogue 1909  (collection J.-H. Malineau )
 



Extrait  de "L'art et l'enfant", n° 29, volume V, janvier-février 1910

(Cliquer sur les images pour les agrandir)
 




 

mardi 3 mars 2015

Art déco







Primavera fut le premier atelier d'art créé en 1912 au sein d'un grand magasin, le Printemps. Ce studio de "design" jouera un rôle considérable dans la naissance et la diffusion du style Art déco, comme celui des Galeries Lafayette (La Maîtrise) et, dans une moindre mesure, ceux du Bon marché et du Louvre (Pomone et Le Studium).

Son histoire dévoile la collaboration pionnière entre Pierre Laguionie (co-gérant des Magasins du Printemps) et l'illustrateur-designer André Hellé dans le domaine du mobilier "moderne" pour enfants, dès 1910.

Nous adressons nos plus vifs remerciements à l'auteur, M. Alain-René Hardy, ainsi qu'aux éditions Faton, qui nous permettent de relayer quelques pages du spectaculaire album qu'ils consacrent à l'aventure artistique de Primavera  (1912-1972).


Pour plus d'informations sur le livre : cliquer ici









La reconnaissance d'Hellé pour l'éditeur de ses meubles et jouets est d'ailleurs attestée par une précieuse dédicace d'Hellé au patron du Printemps, sur un album qu'il lui offrit en 1926 :

"Pour mon ami Pierre Laguionie, le récit de ce petit drame qui se passe dans un rayon de jouets. Et en souvenir reconnaissant de l'aide bienveillante que j'ai reçue de lui pour faire vivre toutes ces petites choses, autrement que sur du papier."



Histoire d'une boîte à Joujoux, Tolmer, 1926, collection JD





lundi 16 février 2015

Menu de château



Nouvelle trouvaille de Marie-Christine d'Hérouville, un grand menu illustré par Hellé, colorié au pochoir, qui était jusqu'ici inconnu. 


 


On admirera en particulier l'étonnant bandeau en aplat évoquant le jardin, qui relève presque de l'expressionniste abstrait avant l'heure...



Un mystérieux château digne de celui de Moulinsart figure dans la vignette supérieure...




Pas si mystérieux en fait : il s'agit du château de Chilly-Mazarin, construit en 1825 et remanié en 1903, qui héberge aujourd'hui la mairie de la ville. 

On remarquera d'ailleurs que le menu comprenait des "petits pois de Chilly".

 Quant au thème des jardiniers, il s'explique peut-être par un clin d'oeil : cette demeure fut construite par un certain Monsieur Jardin...








Dessine moi un mouton...




Une belle aquarelle d'Hellé, jointe à une exemplaire de l'Alphabet de la Grande guerre, proposée par la librairie Tiré à part à Marseille. 

Elle fut offerte par Hellé à un certain Duhalde, "compagnon d'armes pour intérêts composés"...


 © Librairie Tiré à part


 La scène disait quelque chose à une émérite amie d'Hellé, et pour cause : Hellé a utilisé ce dessin pour une vignette parue le 5 mai 1912 dans le quotidien "Le Journal", dans sa rubrique "la vie drôle".




lundi 2 février 2015

Jouets cultes



A travers l'histoire des "Jouets cultes du XXe siècle", c'est toute l'histoire du design, des inventions et des techniques qui est mise à l'honneur par les éditions de La Martinière.

Parmi ces jouets souvent inscrits dans notre mémoire collective, l'arche de Noé d'André Hellé (1911) est particulièrement sublimée par les jeux de lumière et les gros-plans détaillés de Laziz Hamani, qui ne fait pas l'impasse sur les marques d'usure, véritable métaphore du temps qui passe.

Un bel album sur l'univers de l'enfance, à feuilleter au gré de l'objectif poétique du photographe. Nous remercions vivement l'éditeur qui a accepté de partager ces quelques clichés avec les amis de l'artiste.

Jouets cultes du XXe siècle, par Dorothée Charles, Brigitte Durieux, Claire Didier et Laziz Hamani.




Photos © Laziz Hamani / la Martinière






mercredi 17 décembre 2014

La ronde de la ronde




Trois pt'its tours et puis s'en vont ... 

"La ronde" en trois dates


1911 - Salon de la Société nationale des Beaux-Arts :


Angèle Hellé présente un coussin brodé d'après un dessin de son mari et l'on reconnaît les petites poupées allemandes (de bois tourné) que l'illustrateur aime à représenter en folles sarabandes dans ses albums pour enfants.






1913 - Exposition "L'art pour l'enfance" au Musée Galliéra à Paris :


André Hellé y présente ses créations tous azimuts: frise de papier peint, jouets, imagerie, tissus etc. Saurez-vous discerner le motif encadré de "La ronde" sur le mur de présentation ?






2014 - Marion Abbadie, attaché de conservation au Musée du jouet de Poissy, se lance dans une version couleur brodée au "passé empiétant".


Ce point délicat, alternant un point lancé court et un point lancé plus long, permet de suivre au plus juste les courbes du dessin et de jouer avec les couleurs choisies, d'où son nom de peinture à l'aiguille. Le résultat, ici offert aux "Amis d'André Hellé", montre une fine maîtrise de cette technique de broderie et transmet dans le même temps, la dynamique du dessin de l'artiste. Merci à la brodeuse émérite.


 

lundi 8 décembre 2014

Hellé en jeu video !





"Histoire de soldat", 

jeu vidéo réalisé d'après André Hellé par le collège Saint-Exupéry 

sous la direction de Thomas Ricordeau et Anne-Catherine Céard,

et présenté dans l'exposition de la bibliothèque de l'Alcazar à Marseille.

Vous pouvez visionner la vidéo sur la création du jeu,

et même y jouer depuis votre ordinateur. 

En ligne ici

(Patience, le téléchargement est un peu long)  


 








dimanche 7 décembre 2014

Marseille







"Les Jouets font la Guerre" 

à la bibliothèque de l'Alcazar de Marseille 


jusqu'au 3 janvier 2015 !






Quel régal pendant une heure ou plus, de découvrir les dizaines de trésors réunis autour d' André Hellé et de ses créations de jouets durant la première guerre mondiale. Accueilli par une haie de soldats qui vous indique le chemin à suivre, vous allez d'émerveillement en émerveillement parmi les livres et les dessins de presse, les catalogues de jouets, les séries de cartes postales et de papiers à lettre publiés durant le conflit... Vous découvrez quelques originaux issus des "Heures Héroïques et Douloureuses" ainsi que les sept dessins prévus pour une Pochette de la marraine jamais publiée...


Mais le clou de l'exposition est sûrement cette longue vitrine de plus de huit mètres de long dans laquelle Olivier et Béatrice Michielsen ont patiemment reproduit et peint (à l'identique des originaux), des dizaines de fantassins, d'artilleurs, de poilus, de zouaves et de soldats allemands, sans oublier les canons, trains de marchandise et tranchées miniaturisées, imaginés par Hellé entre 1914 et 1919 pour les Grands Magasins du Printemps. 

 

Vous admirez les drapeaux miniatures, un grand "poilu" de bois tourné... tandis qu'un son de clairon ou un hymne national serbe retentit dans la pièce où vous rêvez. 



En effet un écran tactile permet au visiteur d'écouter à la demande, les hymnes des Alliés (en référence aux cartes postales illustrées par l'artiste), un air de clairon (album musical " En Seconde Ligne") ou même la lecture d'un extrait de "L'alphabet de la Grande Guerre". Tout est sonorisé et lu avec bonheur... Les enfants se précipitent vers un jeu vidéo dans lequel un soldat doit suppléer la poste défaillante afin de remettre une lettre à une fiancée isolée ou s'amusent à créer des poupées de laine porte-bonheur, Nénette et Rintintin...
Dans une scénographie ludique et habile un vrai moment de bonheur : une exposition qui vaut un Grand détour...

Jean-Hugues Malineau


A voir aussi, le compte-rendu de M. Alain Koli : jeuxanciensdecollection.com 

 
 
 
 
 

dimanche 23 novembre 2014

Les jouets font la guerre



Un article de Béatrice Michielsen 
autour de l'exposition à la bibliothèque de l'Alcazar.


Avec l'aimable autorisation de la revue Marseille 
(publié dans le n° 246 - Marseille et la grande Guerre -   
du 8 novembre 2014).