mercredi 3 février 2010

De Laclôtre à Hellé



Fig. 4. L’artiste « Pleiner » au paradis avec deux anges. - Illustration du texte « Pleiner et Javelot » de Georges Docquois, in Le Journal amusant du 21 mars 1908, p.6


De Laclôtre à Hellé,

Hellé-mentaire !

Par Corinne Taunay



« C’est Hellé-mentaire ». « Hellé hellé-nique », s’amusait sérieusement Jean-Hugues Malineau lors de la première réunion des amis d’Hellé, comme j’y jouais, prise au jeu des Incohérents avec mon compagnon.
Le jeu de mots étant l’une des composantes élémentaires des Arts Incohérents, dans mon précédent communiqué, j’avais émis l’hypothèse que l’idée du pseudonyme calembour, André Hellé, vint à André Laclôtre pendant ou après son passage aux Arts Incohérents en 1893. Je m’arrêtais alors à la déduction suivante : André Hellé donnerait « André ailé », « André est laid ». Je voudrais développer ici cette dimension calembourienne très stimulante parce que l’humour est au cœur de l’œuvre de ce novateur.

Le Rire, 30 août 1902

Dans le monde des littérateurs et des humoristes, la pseudonymie est une pratique presque rituelle, symptomatique de la fin du XIXème siècle, voire une manie chez les Arts Incohérents. A l’instar des Incohérents, au XXème siècle, les Dadaïstes, Duchamp, les Oulipiens, Pataphysiciens, Queneau, Pérec, etc., ont bien saisi son importance. A l’origine de la pensée, du mot d’esprit, fonctionnant par analogie, il y a le calembour. A partir du même son, il multiplie les sens, passe par des représentations le plus souvent imagées, étrangères les unes des autres. « Le calembour "volontaire" est donc une forme d'archéo-pensée » (1).
En 1884, l’Incohérent P. Olivier expose Une vieille compresse : la reproduction au trait donne à voir une vieille qu’on presse sous une presse hydraulique. Alphonse Allais sophistique ce mécanisme jusqu’au mot d’esprit, jusqu’au « comique scientifique ». Son « monochrome », Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige (1883), « une feuille de bristol absolument blanche »(2) collée au mur, donne l’équation : blanc + blanc + blanc = blanc.
Le choix d’un pseudonyme n’est jamais innocent et d’autres pistes s’offrent ainsi à nous.
Laclôtre André a vraisemblablement construit sa nouvelle identité à partir des lettres puisées en son nom et prénom « L » « é », comme le fera plus tard Georges Rémy, alias Hergé (R.G.) (3).

Hellé peut donner :

Hélé/héler, signifiant appelé/appeler.

Hélée, un genre de coléoptère, du grec « pteron », « aile » ; L-A, en anglais, pour Los Angeles qui se traduit en espagnol par « les anges ». Ce qui nous renvoie à Hellé/ailé. André Hellé n’est d’ailleurs pas le dernier à jouer avec l’homophonie de son pseudonyme.


Fig. 1. La gent ailé –même quand l’oiseau marche on sent qu’il a des ailes. L’agent ailé - même quand l’homme marche on sent qu’il a des pieds. Dessin d’André Hellé paru dans Le Rire du 4 décembre 1909, p. 8.

Le 4 décembre 1909, dans le magazine Le Rire, l’artiste présentait un dessin significativement intitulé « La gent ailé » ou « L’agent ailé » (Fig. 1.). En 1911, l’artiste déclinera son personnage volant « en aéroplane » dont les yeux ronds me font penser à ceux du dessinateur (Fig. 2 et 3) (4). Dans Le Journal amusant du 21 mars 1908, il représentera un artiste ailé, « Pleiner », perché sur un nuage (Fig. 4).



Fig. 2. « L’aéroplane aux manœuvres », in Le Journal amusant du 28 octobre 1911, p .5

Fig. 3. Le Rire, 1911


Synonyme d’émancipation, le pseudonyme peut permettre à l’artiste de signifier une renaissance, de s’inventer des origines, de n’exister de personne, de marquer un passage. Par l’adoption d’un surnom, et pas n’importe lequel, Laclôtre signe sans aucun doute un manifeste. Peut-être « origine »-t-il une sensation ? : voler de ses propres ailes, avec celles de sa propre fantaisie ou bizarrerie ou incohérence. Peut-être « origine »-t-il un style ou tout simplement une volonté d’indépendance vis-à-vis de l’art de ses contemporains ? De Laclôtre suggérant une impression d’enfermement le dessinateur passe à un nom d’artiste aérien.

En mythologie, parmi la gent ailé, il y a Pégase, le cheval ailé, Mercure, le dieu du commerce au pied ailé, messager romain associé à l’Hermès grec, et surtout le petit dieu ailé, l’Amour ou Cupidon, divinité romaine identifiée avec l’Eros grec.
Par le choix d’un surnom ailé le dessinateur évoquerait-il son penchant pour le monde subtil, aérien ou immatériel que l’on rencontre dans la mythologie comme dans les rêves ou dans les contes pour enfants ? (5).

Ce qui nous ramène à une autre caractéristique élémentaire des Arts Incohérents et de Laclôtre/Hellé, le monde de l’enfance avec les notions de jeu, d’absence de règles établies, de créativité.


Le pseudonyme de Laclôtre nous remémore un autre personnage mythologique, féminin cette fois : Elle est la déesse Hellé qui poursuivie par Ino, déesse de la mer et marâtre vengeresse, se suicida. Cette héroïne légendaire inspira les artistes, notamment dans la seconde moitié des années 1890, époque vers laquelle Laclôtre adopta son pseudonyme.
En 1896, date à laquelle les Arts Incohérents donnaient par un bal costumé leur dernière manifestation, fut donné Hellé (6), un opéra en 4 actes d’Alphonse Duvernoy, avec des costumes de l’Incohérent Charles Bianchini. Laclôtre, amateur de musique, assista-t-il à ce spectacle ? En fut-il impressionné ?

Notons également Hellé (7) de Marcelle Tinayre, publié sous forme de feuilleton en 1898 avant de devenir un roman à succès. Hellé croquera ultérieurement l’auteure dans un dessin de presse (Le Rire, n° 260, 1908) soulignant son refus de la légion d’honneur.

Le pseudonyme n’est-il pas un travestissement en soi ? Au XXème siècle, Marcel Duchamp, travesti en femme, prendra pour nom le calembour « Rrose Sélavy».

Afin d’être novateurs, les artistes cherchent d’autres mines d’inspiration. Laclôtre/Hellé se cherchera à travers de nouvelles sources de créativité comme les ombres chinoises, visibles dans Les chiens exposés aux Arts Incohérents. Et c’est finalement, avec les jouets populaires allemands qu’il trouvera sa voie.

Par autodérision, qui est de mise chez les Incohérents, Laclôtre/Hellé ne se moque t-il pas aussi de lui-même, et de son dessin volontairement « primitif » « et laid », si l’on considère qu’il est non-conforme à une formation classique des Beaux-arts ? Ou peut-être même raille-t-il son incapacité à copier le modèle antique.

Le choix d’Hellé par Laclôtre, pseudonyme aux résonnances multiples, semble, à plus d’un égard, héllémentaire puisqu’il apparaît être une forme « d'archéo-pensée » du dessinateur. Il évoque à la fois les chimères du passé et l’ère de la modernité. Voler… est un vieux rêve humain qui a traversé les siècles jusqu’à dépasser la mythologie et entrer dans l’histoire. Le fait est que le dessinateur fut contemporain d’une révolution industrielle, la conquête des airs, laquelle dut marquer plus d’un esprit, avec en ligne de mire, les machines volantes d’Ader à la fin du XIXème siècle.



(1) Simon-Daniel Kipman : « La gloire du calembour », in Freud et le rire / sous la dir. d’A. Willy Szafran et Adolphe Nysenholc. Paris : Ed. Métailié (Coll. Sciences humaines). 1994.
(2) In l’article « Exposition des Arts Incohérents » par Félix Fénéon paru dans la Libre revue en novembre 1883.
(3) Idée suggérée par Béatrice Michielsen.
(4) « L’aéroplane aux manœuvres », in Le Journal amusant du 28 octobre 1911, p.5 ; Le Rire, 1911
(5) Curieusement, l'illustrateur ami et associé d'Hellé, Carlègle, choisit lui aussi un pseudonyme évoquant la gent ailée : Charles Emile Egli devint ainsi Carlègle (Carl Egle - Carl'Aigle)…(NdR)
(6) Hellé : opéra en 4 actes / musique d'Alphonse Duvernoy ; livret de Camille Du Locle, Charles Nuitter ; mise en scène de Lapissida ; chorégraphie de Joseph Hansen ; décors d'Amable (acte I), Jambon et Bailly (acte II), Carpezat (acte III), Rubé et Chaperon (acte IV) ; costumes de Bianchini ; avec Alvarez, Delmas, Fournets et Rose Caron. Représentation : Paris : Opéra, salle Garnier, le 24 avril 1896. L’affiche de ce spectacle a été réalisée par Steinlen.
(7) Référence signalée par Béatrice Michielsen et Jacques Desse.


Le juge d'instruction



ACTUALITE ?




Dessin d'Hellé paru dans Le Témoin, revue dirigée par Paul Iribe, en 1934




"C'est le juge d'instruction : il en savait trop"


dimanche 10 janvier 2010

André Hellé, créateur et imagier du jouet



Dans le cadre des Matinées du patrimoine, la Joie par les livres (Centre national du livre pour enfants - Bibliothèque nationale de France) proposera une conférence sur Hellé :


André Hellé, créateur et imagier du jouet


par Béatrice Michielsen, créatrice de jouets, collectionneuse de livres pour enfant et membre fondateur des « Amis d'André Hellé »

le 28 mai 2010

Renseignements et programme complet : cliquer ici

mardi 22 décembre 2009

REUNION 16 JANVIER


PROCHAINE RENCONTRE


LE SAMEDI 16 JANVIER à 17h30


Visite de l'exposition à partir de 17h30

Début de la réunion à 18h30 précises : échange autour de nouvelles informations et propositions (durée 1h / 1h30)

3 rue Pierre l'Ermite - Paris 18e

Métro Barbès (ligne 4) ou La Chapelle (ligne 2)

Plan du quartier : cliquer ici



samedi 19 décembre 2009

Première réunion des Amis d'Hellé










L'exposition et la communication de Corinne Taunay

sont présentés dans les messages qui suivent celui-ci



RENCONTRE



Entre neige et grèves des transports, il fallait du courage pour se déplacer ce jeudi soir... Beaucoup n'ont pu participer à la réunion*, qui a néanmoins été riche et stimulante.


L'assistance se répartissait de manière équilibrée entre amateurs et collectionneurs, libraires, chercheurs, bibliothécaires et responsables d'institutions culturelles.


On remarquait en particulier la présence active de certaines des premières personnes à s'être intéressées de près à Hellé, comme Annie Renonciat (directeur du pôle scientifique du Musée national de l'éducation, organisatrice de l'exposition Livres d'enfants, livres d'images au musée d'Orsay), et Jean-Charles Rousseau (collectionneur et graphiste, président de Mémoires d'images).





Béatrice Michielsen a présenté des éléments nouveaux sur la biographie de Hellé, qui montrent en particulier que les Souvenirs d'un petit garçon ne sont pas une fiction, mais une véritable autobiographie, dont chaque information peut être vérifiée.


Michèle Cochet (médiathèque d'Orly) a raconté comment elle a mené une véritable enquête pour retrouver la petite maison de vacances d'Hellé sur l'île d'Oléron, où elle a découvert un portrait de Pierrot inédit, petite pochade peinte sur carton.


Corinne Taunay, doctorante en arts plastiques, nous a apporté un "scoop" : avant de devenir Hellé, le jeune André Laclôtre, sur lequel on ne sait rien jusqu'à présent, a été membre des Incohérents (voir sa communication ci-dessous).



Denis Herlin, musicologue, qui a travaillé sur les rapports entre Hellé et Debussy, a révélé qu'il a localisé les maquettes originales des décors du Petit elfe ferme l'oeil.


Corinne Gibello, chargée du livre pour enfants à la Bibliothèque nationale de France (La Joie par les livres), a indiqué qu'elle a d'ores et déjà lancé des recherches dans les fonds de la BnF, en particulier ceux des Arts du spectacle, pour essayer de découvrir des documents non répertoriés à ce jour.


Hélène Meyer-Roudet, conservateur du Musée du jouet de Poissy, et son assistante Marion Abbadie, ont annoncé que le musée envisage de consacrer une exposition aux jouets d'Hellé, accompagnée de la publication d'un catalogue scientifique.


Christian Bruel (éditeur, créateur du Sourire qui mord) nous a confié la raison de sa présence : son livre fétiche quand il était enfant n'était autre que le Clindindin illustré par Hellé…


Autre surprise émouvante : M. Claude Duvignau, arrière petit neveu de Pierre Loti, confirme que l'écrivain a été enterré avec la poupée de chiffon mise en scène dans Mademoiselle Anna, très humble poupée, texte illustré par Hellé.



L'un des enseignements de cette rencontre a été la variété des chemins qui amènent des personnes d'horizons très divers à s'intéresser à un même artiste, ce qui nous conforte dans le projet d'éclairer à la fois l'œuvre dans sa totalité et dans ses différentes facettes. D'autre part, il est manifeste qu'il reste des quantités de pistes à explorer.


Le simple fait de mettre en commun nos informations a considérablement fait progresser les connaissances en quelques mois. Nous essaierons de mettre en ligne sur ce blog les découvertes et contributions des membres de l'association au fur et à mesure. Dès maintenant se profilent, derrière celui qui n'était qu'un nom fameux, une vie, une personnalité, et une œuvre multiforme.


* Parmi les messages reçus, ceux de Monica Buckhardt, Barbara Spadaccini, Léone Berchadsky, Jacques Vidal-Naquet, Carine Picaud, Bernard Toulier, Michel Defourny, Viviane Ezratty, Maïté Alazard, Christine Morault, Nathalie Erny, Pascal Pontremoli, Michel Tolmer, Jacques Egret, Françoise Probst, Michèle Noret, M. et Mme Huret, Frédéric Castaing, Hedwige Pasquet, Etienne Delessert…





PROJETS



Jean-Hugues Malineau a présenté les objectifs et projets de l'association :


L'objectif est de rassembler de manière pragmatique l'ensemble des personnes et institutions s'intéressant à Hellé, afin de mieux faire connaître son oeuvre . Le but principal est de profiter du centenaire de l'Arche de Noé, en 2011, pour organiser, dans la mesure du possible, une série d'événements :


- exposition générale et expositions spécialisées en parallèle (jouets, musique…)

- exposition itinérante

- animations (musique, ateliers…)

- publication d'une monographie, ouvrage collectif qui serait à la fois un "beau livre" illustré et un outil de travail (bibliographie)

- rééditions d'albums, voire diffusion d'une "ligne Hellé" (réédition des papiers à lettres, etc.)



FONCTIONNEMENT DE L'ASSOCIATION



Le bureau est composé de Jacques Desse, président, Jean-Hugues-Malineau, vice-président, Béatrice Michielsen, secrétaire générale, Pascale Célereau, trésorière.


Les statuts peuvent vous être adressés sur simple demande à amisdhelle@orange.fr


Le montant de l'adhésion est de 10 € par an, ou plus pour ceux qui le souhaitent. Chèque à l'ordre des Amis d'Hellé (3 rue Pierre l'Ermite 75018 Paris).







APPEL A CONTRIBUTIONS





APPEL A CONTRIBUTIONS


L'idée est de fonctionner en réseau, comme une sorte de coopérative, afin de mener collectivement le travail d'enquête et de recherche.

Chacun d'entre vous peut apporter sa pierre à l'édifice, selon ses compétences, fonctions ou possibilités.


Quelques chantiers possibles :


- Bibliographie :

Nous disposons d'une liste complète des livres illustrés par Hellé connus à ce jour, (cliquer ici) enrichie de nombreuses informations. Il reste à la mettre en forme, et à décrire systématiquement les ouvrages (aisément consultables dans nos collections).

- Périodiques :

Hellé a publié des centaines (milliers ?) de dessins dans les magazines de l'époque (cliquer ici). Certaines de ces collections sont à dépouiller (comme le Sourire, le Rire, etc.). Plusieurs personnes passant chacune quelques heures en bibliothèque pourraient apporter beaucoup à la connaissance d'Hellé.


- Arts décoratifs :

Le domaine le moins connu de l'activité d'Hellé, mais non le moindre, est celui de la création de mobilier. Il reste à explorer des fonds d'archives (Forney, UCAD…), enquéter auprès des spécialistes de l'Art déco, et éventuellement découvrir des exemplaires subsistant de ces meubles et objets…


- Archives :

Nous avons obtenu l'accréditation pour explorer les archives du principal éditeur d'Hellé. D'autres pistes sont à suivre (Larousse, organes de presse, Salon d'automne, Opéra Comique, Archives nationales…).


- Les amitiés et le réseau d'Hellé :

Des appels sont lancés auprès des membres de la Société des amis de Pierre Loti et de la Société Le Vieux Papier. La proximité d'Hellé avec d'autres écrivains ou artistes (Tristan Derème, Georges Auriol, Georges Delaw, Carlègle, Henri Avelot, Francis Jourdain, Gaston Derys, Emile Miguet, Jules Berny, les milieux artistes de Montmartre…) pourrait déboucher sur des informations très intéressantes. Les liens possibles d'Hellé avec certains musiciens (Ravel, Honegger, Bachelet, Chéreau…), comme avec des écrivains d'avant-garde (Edouard Dujardin, Jacques Vaché, Robert Desnos...), restent à explorer.


- Edition :

Nous sommes en contact avec plusieurs éditeurs, pour différents projets (dont la publication d'inédits). Mais cela n'est qu'à l'état d'ébauche. On pourrait par exemple rééditer Les Souvenirs d'un petit garçon (suggestion de Béatrice Mey), mais aussi des albums de coloriage, cartes postales, etc.



Toute proposition est bienvenue, ainsi que toute aide ponctuelle ou technique (photographies, gestion du blog, traduction en anglais du compte-rendu de la réunion pour nos contacts étrangers, etc.).


Qui pourrait, par exemple :

- contacter des institutions étrangères (par exemple la Carlton Lake Collection, à Austin Texas, qui possède de nombreuses aquarelles)

- faire des recherches du côté de la Légion d'honneur (qu'Hellé a reçue en 1926, au titre des Arts décoratifs),

- ou sur la localisation de sa tombe (suggestion de Marie-Christine d'Hérouville)...?


MERCI DE NOUS TENIR AU COURANT DE VOS INITIATIVES, afin d'éviter les doublons.





vendredi 18 décembre 2009

L'exposition



EXPOSITION du 17 décembre


au 3 rue Pierre l’Ermite 75018 Paris


Cette exposition préfigure celle que l'association voudrait

initier pour 2011 :


on y trouve la quasi-totalité des livres réalisés par Hellé,

de nombreux documents inédits, des maquettes originales,

courriers autographes, etc.

(plus de 250 livres et documents)


A la demande générale,


L'EXPOSITION SERA MAINTENUE


JUSQU'AU 16 JANVIER


Vous pouvez la visiter librement en appelant avant de passer

(01 42 57 20 24)


Attention : fermeture de la librairie entre le 23 décembre et le 1er janvier


Quelques photos (d'amateur, désolé !) :

















Scoop ! Hellé aux Arts incohérents




André Laclôtre / Hellé


"croit qu'il


doit être incohérent"


Par Corinne Taunay


Doctorante, département esthétique arts, Paris VIII


http://taunay.corinne.free.fr/




Les chiens

Reproduction au trait, in catalogue des Arts Incohérents de 1893, p.18



Les expositions des Arts Incohérents dans les années 1882 à 1893 choisissent de montrer les « dessins exécutés par des gens qui ne savent pas dessiner ». A partir de cet acte bref mais provocateur, l’écrivain Jules Lévy et sa troupe de joyeux Fumistes, littérateurs, artistes… lancent une révolution facétieuse dans le monde des arts. Une fois la mimésis congédiée, les arts plastiques enfantent des œuvres d’humour dont certaines totalement inédites annoncent l’art du XXème siècle tels que des « assemblages », des « monochromes », des « ready-made », des « ready-made aidés », des « installations », etc.


La surprise est toujours au rendez-vous de l’Incohérence. Parmi les quelques centaines d’œuvres reproduites au trait dans les livrets d’expositions, l’une m’était restée en mémoire, comme animée : Un bécot macabre. Signé « André Laclotre », auteur dont j’ignorais tout, le bécot m’amena à observer de plus près un autre dessin de cet Incohérent : Les chiens, exposé également en 1893. Cette date clôt le cycle de sept exhibitions parisiennes, parodies du Salon officiel, organisées depuis 1882 par Jules Lévy. Et les audaces du groupe avaient déjà fait beaucoup de bruit.


Dans Un bécot macabre perce l’intérêt pour l’imagerie décadente de l’époque. Les figures blanches ressortent sur un fond noir. Tout juste si le couple de la belle et du squelette, que j’imaginais dansant, n’allait pas s’animer malgré la raideur des figures. En outre, de cette étreinte infernale, macabre, entre la vie et la mort se dégageaient une poésie à la fois magique, douce et cruelle, une naïveté raffinée. Ce style Incohérent retint mon attention.


Dans Les chiens, il y a un intérêt manifeste pour les silhouettes découpées, technique dérivée des ombres chinoises qui firent florès au Théâtre d’ombres du Chat Noir. Les chiens apportent une note supplémentaire : toujours ce frémissement de vie, ce sens rythmé de la composition.

Du Bécot aux Chiens se joue une tragédie-comédie de l’amour, mais surtout il y a là deux œuvres empreintes d’une naïveté et d’une touche Incohérente singulière.



Un bécot macabre

Reproduction au trait, in catalogue des Arts Incohérents de 1893, p.63


A l’aube de l’achèvement de ma thèse (1), je réalisais une « dernière » mise à jour de mes recherches. Grâce au site « Original art » qui, en septembre 2009 mettait en vente une peinture d’André Hellé, je sus que le vrai nom de ce dernier était André Laclôtre et m’empressais de valider cette information. Par ailleurs, la notice biographique loufoque du livret d’exposition des Arts Incohérents mentionne Boissy-Saint-Léger, la ville où grandit le petit André dans le ventre de sa mère : « LACLOTRE (André) fils de son père, père de ses œuvres, croit qu'il doit être incohérent, ayant eu l'âme et le corps très fortement secoués durant les troubles cinq ou cyclonéens de la Martinique, le 18 août 1891 à Boissy Saint-Léger (Seine-et-Oise). » (2). Surprise de voir Laclôtre devenir Hellé, je me suis aussi sentie soutenue dans mon pressentiment qu’il y avait chez cet Incohérent une note tout à fait originale.


C’est le moment de saluer Michèle Cochet, initiatrice de l’exposition « La boîte à Joujoux » à la Médiathèque d’Orly (3), qui me convia à une conférence sur André Hellé menée par Béatrice Michielsen (4). Après consultation de ses pairs au sein de l’association des amis d’André Hellé, cette dernière me confirma que j’avais trouvé « le chaînon manquant Laclôtre-Hellé ». D’après ces spécialistes, aucune autre œuvre signée Laclôtre, ne serait connue jusqu’à ce jour.

D’André Laclôtre à André Hellé


A partir de quel moment Laclôtre devint Hellé ? Sans doute entre 1893 et 1896. D’après Jacques Desse (5), c’est vers 1896 que le dessinateur commença à publier dans la presse satirique des dessins signés Hellé. Et par ailleurs, nous pouvons en déduire que c’est aux Arts Incohérents que l’artiste fit ses débuts face à un public. Est-ce que l’idée de son pseudonyme lui vint aux Arts Incohérents ? Alors que les œuvres Incohérentes sont le plus souvent des « calembours-visuels », que le nom du groupe est la cible de jeu de mots par les exposants eux-mêmes, « Lézards Incohérents », « Laids Arts Incohérents », certains artistes se cachent derrière des pseudonymes calembouriens tels que « A. G. Laflaimme », « A L’ard Incohérent »… A ce jeu, « André Hellé » donnerait « André ailé », « André est laid ». Libre au sein des « Laids Arts Incohérents », fût-il, là, conforté dans l’idée que l’inspiration pouvait être délibérément ailleurs que dans une voie convenue ?


La Scène en joujoux de Nuremberg

In Je sais tout du 15 février 1910, p. 492


En 1910, dans Je sais tout du 15 février (pp. 488-496), Henri Duvernois partage avec le lecteur une expérience réalisée par le magazine, proposer le même sujet à 24 dessinateurs français et anglais : « Une enfant tient en laisse un chien qui l’entraîne au milieu d’une foule effarée ». Duvernois commente en ces termes La Scène en joujoux de Nuremberg d’Hellé : « La fantaisie de M. A. Hellé a taillé les personnages et les bêtes à la façon si savante et si simple des frustes artisans qui sculptaient les ravissantes ménageries de Nuremberg, joie des enfants. » La conférence d’Orly (6) démontrait la fascination d’Hellé pour les jouets de son enfance, dits de Nuremberg parce qu’ils venaient d’Allemagne, au point qu’ils deviendront la source de son vocabulaire plastique, les héros de ses dessins, et qu’il les fabriquera lui-même. Il réalise alors un grand écart conceptuel et esthétique comparativement à ses contemporains ; concernant la création de jouet, il devance, par exemple, l’Incohérent Caran d’Ache, son aîné dont il est un fervent admirateur.


Depuis Les chiens présentés en 1893 jusqu’aux chiens de La Scène en joujoux de Nuremberg, que de chemin parcouru : Les chiens comme Un bécot macabre sont encore loin du dépouillement stylistique des dessins signés Hellé. Cependant, il y a ce constant frémissement de vie. Désormais l’artiste « donnera vie » aux jouets de son enfance.


A regarder par la lorgnette de l’Incohérence, le chien-joujou de 1910 est précédé d’un tout petit chien dessiné librement, au premier plan à droite, dans le sens opposé d’une course folle, une petite calèche et son cocher sont croqués de manière tout aussi inventive. A y regarder de plus près encore, le monde de l’enfance, l’attitude potache, sont par excellence l’estampille des Arts Incohérents. Rien d’étonnant à ce que le jeune Laclôtre y participa. Sans doute avait-il admiré les affiches et les cartes d’entrées des expositions sur lesquelles sont dessinés des joujoux. Et, sans doute avait-il entendu parler ou vu des œuvres de Charles Colombey, de Frédéric Régamey, de Bernard Adrien Steuer, de Gustave Fraipont, qui dans sa toile Hollande (1883) avait planté des jouets d’enfants, de vrais petits moulins achetés dans quelque bazar, que l'on pouvait faire tourner en tirant la ficelle.



(1) Corinne Taunay, L’œuvre, le scandale, l’incohérence, doctorat d’arts plastiques dirigé par Pascal Bonafoux. Cette thèse, que je vais soutenir prochainement, est accompagnée en annexe d’un catalogue complet des artistes Incohérents et de leurs œuvres intitulé « Dictionnaire raisonné des artistes Incohérents accompagné d’un catalogue raisonné de leurs œuvres ». Ce travail se complète de mon Catalogue raisonné des Arts Incohérents du commissaire Dada (Master II de Lettres Modernes, Paris VIII, 2005-2006 -mention TB-) dirigé par Jacques Neefs, il y est intégré avec l’accord de ce dernier.

(2) « Laclôtre » est inscrit « Laclotre » dans le livret Incohérent de 1893, sans accent circonflexe sur le « o », pour plus de clarté nous écrirons par la suite « Laclôtre ».

(3) Exposition « André Hellé. La Boîte à joujoux » réalisée par Michèle Cochet et Béatrice Michielsen, à la Médiathèque jeunesse d’Orly, du 6 au 27 novembre 2009.

NdlR : un terrible cyclone avait ravagé la Martinique en 1891.

(4) Béatrice Michielsen, « André Hellé et le jouet », conférence donnée le 21 novembre 2009, à la Médiathèque jeunesse d’Orly.

(5) Jacques Desse, « André Hellé, illustre et inconnu »

(6) Béatrice Michielsen, conférence op. cit.


mercredi 16 décembre 2009

JOYEUX NOEL



les Amis d'André Hellé vous souhaitent

d'excellentes fêtes de Noël




"Nos Loisirs", 1910, conte de Noël : "Trains pour Bethléem" J. des Gachons, ill A. Hellé