dimanche 7 juin 2020

Hellé, Mariani et la coca







Inventeur d'un vin stimulant, à base de vin de Bordeaux et de feuilles de coca (ancêtre du Coca Cola !), le préparateur en pharmacie et génie de la publicité Angelo Mariani a l'idée de publier de courtes notices biographiques, accompagnées d'un portrait gravé des célébrités contemporaines, à qui il demande une dédicace autographe vantant son cordial.

Il réalise ainsi à bon compte un véritable bottin mondain, sous forme de témoignages publicitaires, dont il publie quatorze volumes de 1894 à 1925. "Les Albums Mariani" constituent depuis lors, une importante base biographique et iconographique des personnalités connues, ou aujourd'hui oubliées, de l'époque. 





C'est en 1913, que l'illustrateur André Hellé est sollicité pour l'exercice. Son portrait gravé, est complété d'un dessin publicitaire humoristique montrant les bienfaits du vin Mariani, emporté par deux cyclistes lors d'une virée campagnarde. 






Nous avons eu la chance de retrouver l'original de cette réclame chez une grande amatrice de l'artiste. Merci à M.-C. H. de nous en autoriser la reproduction. 





mercredi 13 mai 2020

Galligâterie



André Hellé à l'honneur sur Gallica.


Avec des liens vers les albums numérisés.

(Sauf le principal malheureusement, "Drôles de bêtes - L'Arche de Noé", dont la BnF ne possède toujours pas d'exemplaire !)


Cliquer sur l'image :
 

 https://gallica.bnf.fr/html/und/litteratures/andre-helle-1871-1945

lundi 17 février 2020

L'Arche de Noé et la petite bête






Le livre majeur d'André Hellé, "Drôles de bêtes" ("L'Arche de Noé"), a été publié pour la première fois en 1911. Il a connu plusieurs versions, dont la datation est problématique.

L'un des variantes, titrée "Grosses bêtes et petites bêtes", est ornée d'une couverture très différente des autres, représentant un singe qui dessine un tigre. 




Il se trouve que cette édition est mentionnée dans un curieux entrefilet paru dans le journal radical-socialiste l'Oeuvre, en janvier 1919. L'auteur, anonyme, stigmatise cette amusante couverture comme étant de la "propagande bolcheviste". 




Difficile de savoir ce qui a valu à Hellé cette charge incongrue (vague hypothèse : ce tigre peint par un singe aurait pu être compris comme une caricature du "Tigre", Georges Clémenceau...).

Elle nous apporte cependant un information qui complète le puzzle : cette version venait de paraître, nous dit l'article. Elle a donc été publiée au moment des étrennes 1918-1919...

Béatrice Michielsen a ainsi pu actualiser la notice qu'elle avait consacré à cette édition dans le catalogue de l'exposition "Drôles de jouets" du Musée de Poissy :


Grosses bêtes et Petites bêtes, Éditions A. Tolmer, [1919]

Troisième métamorphose de l’album chez Tolmer, une mouture d’après-guerre paraît en 1919, sous dos toilé. Une couverture inédite au graphisme pressé, affiche un titre tout neuf : "Grosses bêtes et Petites bêtes".

Dans la logique des difficultés d’approvisionnement de papier et d’encre, les plats sont ici revus à l’économie. Une grande étiquette lithographiée sera dorénavant fixée sur une couverture de carton gris, le plus souvent un improbable carton ondulé.

Sous le titre sépia, toujours tracé à la main par Hellé, un singe à lunettes dessine un tigre majestueux, à main levée. Les deux animaux, tout droit sortis des pages de l’album, occupent efficacement le centre de l’image dont ils balaient l’espace de leurs queues dressées, semblables à d’élégants guillemets. Sous leurs pieds, le nom et l’adresse de l’éditeur restent inchangés.

En revanche, l’impression des couleurs montrera d’importantes variations qualitatives d’un album à l’autre et laisse penser que l’éditeur disposa – au moins au début – d’images découpées surnuméraires à ses précédents tirages. Les albums les plus tardifs se différencient malheureusement en effet, par une gamme de coloris ternis qui ne purent, à l’évidence, bénéficier des performances techniques d’avant-guerre.

B.M.


mercredi 1 janvier 2020

Bonne année...



Meilleurs vœux avec cette carte postale d'Hellé
éditée en 1905.
 Il s'amusait déjà du temps qui va trop vite, 
à l'ère de la modernité... 


 

jeudi 17 octobre 2019

André Hellé, Olé !




Un jouet inconnu d'Hellé, La Course de taureaux...

Entre 1893 et 1914, la France connaît une vague d’enthousiasme pour les « courses de taureaux à la mode d’Espagne », plus communément appelées « corridas ». Ces courses tauromachiques, bientôt relayées dans les départements méridionaux, engendrent la construction de monumentales arènes en province, mais aussi à Paris, dans le cadre de l'Exposition universelle de 1889. C’est ainsi que verront le jour Les Arènes Parisiennes, La Plaza de Toros de l'Exposition et surtout La Gran Plaza de Toros du Bois de Boulogne.


 Affiche de 1889 (Gallica)



Les spectacles suscitent d’innombrables articles, doublés d’une abondante iconographie et sont rapidement encadrés par la Société Protectrice des Animaux (la SPA, fondée en 1845), qui préconise « un simulacre des véritables courses de taureaux, sans maltraitance de l’animal, ni effusion de sang ».

C’est à Paris en 1908, au second Salon des Humoristes, qu’André Hellé, dessinateur et satiriste de presse, se saisit du sujet pour présenter une version parodique, sous forme de pittoresques jouets de bois tourné et peint (37 pièces au total). Rappelons que c’est dans cette même manifestation annuelle que Caran d’Ache, Poulbot, Benjamin Rabier et bien d’autres artistes-illustrateurs, pourront exposer leurs premiers jouets, dits « artistiques ». Le « Renouveau du jouet français »  était en marche !



La course de taureaux, 1908 - Collection privée

 Alguazil



Sous l’œil amusé d’Hellé, rien ne manque au défilé officiel : ni les gendarmes du spectacle, les « Alguaziles » lourdement vêtus de noir, qui incarnent l’autorité en piste ; ni le « Picador », cavalier aux culottes jaunes et chapeau de feutre à large bord ; ni le cheval à l’œil fermé d’un bandeau (pour masquer la vision menaçante du taureau), ni les « Banderilleros » aux bras symboliquement prolongés de deux flammes rouges (les banderilles) ; ni les quadrilles de « Toreros » à pied, en cravate de soie, ceinture colorée, toque d’astrakan, culottes resserrées aux genoux et bas de coton blanc ; ni le fier « Matador » en habit de lumière, pointant son épée sur le taureau massif ; ni l’âne et son muletier, destinés à évacuer le corps de l’animal selon la tradition espagnole.

Tout ici semble participer à une scène carnavalesque, un joyeux pastiche des jeux du cirque, où, même les cornes gigantesques du taureau ne parviennent pas à gommer son aspect gauche et débonnaire, si éloigné de la fureur des combats traditionnels. Comme souvent chez l’artiste, la farce mène le crayon, le pinceau et le tour à bois.


Picador

 Poseur de banderilles

 Matador

Toreros à pied




Malgré un superbe état de conservation, l’exemplaire ici photographié, qui est le seul connu à ce jour, présente quelques manques inévitables. Outre un torero manchot, l’âne a également perdu ses longues oreilles, les chevaux - une ou deux pattes, le matador - sa cape rouge (la muleta), le picador - sa longue hampe etc etc. Fort heureusement, une gravure publicitaire d’époque, permet de compléter la scène des quelques accessoires égarés par le temps.



Publicité américaine, NY 1915



On s’amusera également à relever le logo d’André Hellé, tamponné en rouge sur la patte du taureau, autant que sur le pied torique de tous les personnages : un cercle contenant ses initiales, qui s’apparente singulièrement à nos émoticônes actuels. Preuve que ce marquage fut utilisé par l’artiste dès 1908, avant le dépôt de marque en 1910 !

Dépôt de marque INPI 1910


Notons enfin que la signature autographe et datée de l’artiste figure sur la patte avant d’un des chevaux. C'est une indication très probable qu'il s'agit d'un exemplaire d'exposition, sans doute celui du Salon des Humoristes.     

B.M.



Tampographie du logo A. H.   /    Signature autographe


    
Hauteur des jouets : Taureau : 8 cm, Torero : 13 cm, Picador : 15 cm, Cheval : 14,5 cm, Alguazil (le tronc-jambes fixées sur le cheval) : 10 cm.

mercredi 12 juin 2019

Histoires en images



Passionnante étude sur les récits en images d'André Hellé, sur l'excellent blog Topfferiana, consacré à la littérature graphique d'avant la bande dessinée. 

On y découvre en particulier différentes expérimentations stylistiques de l'illustrateur, et l'influence du modèle de l'image cinématographique. 

Elle est richement illustrée, entre autres d'une de toutes premières publications d'Hellé, dans La Caricature, en 1897, que nous ne connaissions même pas, de même que nous ignorions l'existence des "Aventures du capitaine Spardeck", série publiée 36 ans plus tard, en 1933, dans le quotidien Paris Soir. 

En ligne ici :  



 





samedi 8 juin 2019

Hellé urbaniste...






La Cité industrielle de Tony Garnier (1917)
revisitée par Hellé et Carlègle (1918)





Publié sous forme d'album en 1917, "Une Cité industrielle, Etude pour la construction des villes" est l'oeuvre fondatrice de l'architecte Tony Garnier (1869-1948), basée sur la vision globale et hygiéniste de l'aménagement des villes. Ce premier manifeste de l'urbanisme du XXe siècle organise la cité selon les besoins de l'homme à l'ère industrielle et y inscrit les quatre fonctions primordiales de la ville contemporaine: "Habiter, circuler, travailler, se distraire"... Un projet utopique, jamais réalisé, dont on peut cependant admirer la maquette à l'échelle 1/5000, à la Cité de l'architecture à Paris (voir en ligne ici), et qui a influencé tout le XXe siècle.



  Photo librairie Le Feu follet




Dès l'année suivante en 1918, André Hellé et Carlègle - peut-être enthousiasmés par le programme précurseur de Garnier -, décident de le matérialiser sous forme de jouets lilliputiens, à destination exclusive des Grands Magasins du Printemps. Leur cité industrielle comprendra 78 pièces dans sa formule complète, depuis les hauts-fourneaux de l'usine métallurgique jusqu'aux maisons ouvrières individuelles, en passant par les quartiers de la gare et de l'école primaire. Comme la plupart de ces jouets en bois à l'apparence modeste, celui-ci a disparu, on ne le connaît que par sa représentation dans les catalogue du Printemps. 

La cité moderne à l'usage des enfants n'a en apparence rien d'avant-gardiste ou d'utopique. Elle porte un nom imaginaire, "Moufry", qui évoque la France profonde. Mais, singulièrement, comme chez Garnier, cette ville ne comprend pas d'église...




Si nous nous étonnons qu'un tel jouet ait pu apparaître en 1918, dans un catalogue d'étrennes où prédominaient encore les jouets guerriers et les uniformes de soldats alliés taillés à hauteur d'enfant, nous voulons imaginer que les deux créateurs souhaitaient se distinguer des "va-t-en-guerre" du monde du jouet, pour proposer une vision futuriste de la cité, "où chacun se rendrait compte que le travail est la loi humaine et qu’il y a assez d’idéal dans le culte de la beauté et la bienveillance pour rendre la vie splendide".


B.M.